Brailler au Jardin botanique

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J’ai écrit ce texte il y a pile un an. Il est encore d’actualité…

Octobre 2014

Suite au deuxième passage de la psychologue qui nous aidait avec la discipline et la gestion de l’enfant-sandwich.

On avait conclu, entre autre, que je devais passer plus de temps avec lui en one-on-one. Pour lui donner de l’attention, remplir son potentiel-fossé affectif et surtout passer des moments positifs avec lui.

Alors une fois par semaine, le plus grand à l’école, la plus jeune fraîchement à la garderie, je le gardais avec moi et j’essayais de bâtir du positif.

La vérité c’est que j’avais vraiment pas le goût. J’aurais voulu être ailleurs, en train de faire mes choses d’adulte. Ça tombait pile au moment ou je recommençais à vouloir travailler et que je me questionnais donc ben sur l’avenir. C’était tellement difficile le contact avec lui que ma vraie envie était de boucher mes oreilles en criant très fort « lalalalalalala » jusqu’à temps que ce moment de marde passe. L’idée de passer une journée JUSTE avec lui m’angoissait. Alors que passer du temps avec les deux autres en solo: aucun problème.

Quand la psy nous avait donné ses recommandations de choses à faire et mettre en place, ça impliquait beaucoup (surtout) des actions de ma part. Et les deux fois qu’elle est venue, quand je constatais le plan d’action, j’hyperventilais par en-dedans. Je me demandais où et quand j’allais trouver du temps pour faire ces nouvelles affaires-là. J’avais une réelle réaction physique à l’idée de devoir m’occuper encore plus de cet enfant qui tirait déjà tellement de jus. Qui nous vidait de notre énergie dès son réveil. Même si je savais bien que c’était un cri du coeur de sa part pour recevoir plus d’attention. Il le réclamait bien mal, mais c’est ça qu’il voulait quand même.

Mais j’avais pas le contrôle de mes émotions et celles-ci me disaient: non. Pas le goût, bon.

Je me donnais à fond dans mes journées avec lui, à grands coups de sourires, joies et petites activités à deux, sensées être le fun. Je pense que je réussissais vraiment pas pire à parraître « dedans ».

Mais sa réaction était plutôt catastrophique en fait.

Il me chialait après à la journée longue, me disait qu’il ne voulait pas passer du temps juste avec moi parce que c’était platte, qu’il aimait mieux être à la garderie, qu’il voulait jouer avec sa petite soeur, etc. Je faisais comme si ça me dérangeait même pas, me disant qu’au fond, ça lui tentait et qu’à force de temps avec moi, il allait s’habituer et finir par aimer ça. Je gardais le cap et un mindset positif, mais ça demandait tellement d’énergie.

Ça payait pas vite, les résultats arrivaient pas vraiment, et moi je décourageais pas pire assez. Et ça renforçait ma non-envie d’être avec lui.

Un jour, je l’accompagnais avec son groupe de garderie à une sortie au Jardin Botanique. Je lui avais fait grand état de cette « donc ben belle journée qu’on allait passer ensemble ». Il démontrait quand même un peu de positivisme. Nouveauté.

Le jour dit, on attendait ensemble dans la garderie, avec son groupe bien en rang, de quitter pour le Jardin. Il était aligné sur le mur avec les autres, comme l’avait demandé son éducatrice et moi, je leur faisait face. Un moment, il s’est approché de moi et m’a pris la main. Action anodine, mais jusqu’alors impensable avec ce petit coco. Et moi, inexplicablement, je lui ai dit: « retourne à ta place avec tes amis ». Parce que moi je suis une personne qui respecte les consignes.

Au moment même où les paroles sont sorties de ma bouche, j’ai réalisé que je ne devais pas dire ça. Que ce n’était pas grave, et plutôt normal puisque j’étais là, qu’il ne respecte pas toutes les consignes pour venir me tenir la main. J’ai du même coup aussi réalisé, que comme cet enfant était si difficile sur la discipline, on ne laissait plus rien passer avec lui. Par réflexe. Et que je « refusais » ce geste d’ouverture à mon égard.

Sa tite face, s’est complètement décomposée.

Il a retiré sa main, est retourné s’adosser au mur, les bras croisés et le visage fermé.

Tout de suite j’ai patiné. Et essayé de me rattraper. En vain.

Finito Elvis Presley.

Il était (avec raison) en sacrament après moi.

On est parti pour le Jardin Botanique.

Et là, tout le long de la sortie, il m’a bien fait payer sa déconfiture.

Non seulement il n’écoutait rien à ce que je disais, mais me disait clairement: « j’aime pas ça que tu viennes avec moi en sortie ». Et me le répétait ad nauseam, dans toutes les déclinaisons possibles.

Vous dire comment je me sentais à l’intérieur. Vous dire le pas fière de moi.

Comme l’avant-midi tirait à sa fin, j’avais prévu l’emmener dîner dans un petit café avant notre retour à la maison, au lieu bien sûr, de poursuivre sa journée à la garderie.

Et que ça lui tentait pas. Et il grognait. Et il criait. Et il me hurlait: « j’aime pas ça être avec toi, c’est platte, j’aime mieux aller à la garderie ». Et-e-ché-téra.

On continuait à marcher vers la rue Sherbrooke pendant toutes ses récriminations.

Et à un certain moment, ce fût trop. Les deux dernières années furent de trop. Tout ce pas savoir comment le prendre, même si ça peut paraître évident quand je le raconte, fût too much.

Me « su » assise dans le parking, sur un rebord de ciment, entre 2 autos, et me suis mise à brailler ma vie. Mon difficile éducatif avec cet enfant depuis trop longtemps. Mon désespoir en fait. Et la malheureusement ferme impression que ça ne s’améliorerait jamais.

« Je sais plus quoi faire mon coco. Tu me pousses dessus, tu me refuses et moi j’essaye fort fort d’être avec toi et que ça aille mieux. Mais on dirait que toi tu ne veux juste pas. Je sais juste plus comment te prendre. J’ai de la peine »,  que je lui ai dit.

Et lui il pleurait. De voir sa mère pleurer et de l’inquiétude que ça t’emmène comme enfant de voir ton adulte brailler. Surtout si ça a rapport avec toi.

Et il me disait entre deux sanglots: « Arrête de pleurer!!! Pourquoi tu pleures…mamaaaaaaaannnnnn!! »

Ce fût un moment très weird. Je me sentais mal de pleurer devant lui, je savais que ça l’inquiétait, mais sérieux, en même temps, je me disais: « c’est ça que ça me fait ton comportement à la longue. Ça me fait pleurer » Et c’était juste incontrôlable.

Le reste de la journée a été bizarre. Personne a vraiment eu de fun au resto.

Doucement, par la suite, son comportement s’est adouci. Il s’est mis à accepter les rapprochements. Les bisous. il a même commencé à me dire qu’il m’aimait. Et quelquefois il me disait: « Maman, je ne veux pas retourner au Jardin Botanique avec toi, je veux pu que tu pleures. »….

Ce même enfant a fait son entrée à la maternelle cette année.

C’est jamais gagné d’avance avec lui. Il faut toujours travailler fort pour l’atteindre et s’armer de patience envers ses immenses crises souvent violentes. Mais reste que deux années ont passées depuis cet événement et c’est le jour et la nuit. Tout ce temps et ce travail que j’ai mis à rebâtir la relation a payé.

Mais hier en passant devant une affiche du Jardin botanique et l’exposition de citrouilles pour l’Halloween, vous savez ce qu’il m’a dit?

« J’aimerais ça y aller maman, mais on n’ira pas. Je veux pas que tu pleures encore…. »

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